Gilbert Montagné et Ary Abittan ne se connaissaient pas avant de parrainer ensemble la campagne 2011 de l’Appel national pour la tsédaka, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’entre eux, l’alchimie s’est faite immédiatement. Un engagement complice, qu’ils prennent à cœur, en toute modestie.
« Pourquoi avoir accepté de parrainer cette campagne 2011 ? »
Ary Abitan : Tout d’abord parce que nous sommes tous deux issus de milieux modestes, Gilbert de Belleville et moi de Sarcelles. Je pense que c’est ce qui nous unit et nous sensibilise peut-être davantage, à la détresse et l’exclusion.
Gilbert Montagné : C’est vrai qu’on a tous les deux ressenti les mêmes choses, éprouvé les mêmes sentiments lors des rencontres organisées à l’occasion de cette campagne, avec les acteurs de l’action sociale de la communauté. Je peux dire qu’on a désormais envie d’être authentiques, de ne pas « se la jouer ». Tous les gens que nous avons rencontrés sont des ambassadeurs de la réalité de la vie. Chaque visite suscite une émotion différente. Ce que j’ai ressenti, c’est une sorte de plénitude, un sentiment de dignité qui permet aux personnes handicapées, démunies ou mêmes aux jeunes en formation professionnelle d’être pris en compte pour ce qu’ils sont. C’est d’abord la personne qui compte et ça se ressent par leur épanouissement. Pour ma part c’est le bonheur. C’est pour moi, toujours un enrichissement et un cadeau que je reçois.
« A travers votre implication, quel message souhaitez-vous faire passer ? »
AA : Il faut savoir que la tristesse et le malheur existent partout y compris chez les Juifs. Les gens ne le savent pas forcément, parce que certains ont des idées arrêtées sur la communauté juive mais comme toutes les communautés du monde, elle a son lot de riches et son lot de pauvres. Ce que nous avons vu, ce que nous avons entendu, nous sommes là aujourd’hui pour le dire au plus grand nombre.
G.M : Ce qu’il faut bien avoir à l’esprit c’est que personne n’est à l’abri. On peut avoir une situation bien assise pendant des années et connaître un accident de parcours. Moi-même j’ai traversé des moments très difficiles et je sais bien que seuls les imbéciles se croient à l’abri. Dans notre communauté, comme l’a très bien dit Ary il y a des gens qui n’ont pas un rond et il faut que ça se sache. Aussi bien dans la communauté qu’à l’extérieur de la communauté. Si on continue à attendre que les autres bougent à notre place pour faire avancer les choses, ça ne bougera pas. Donc on peut tous agir et il faut que tous agissent. Un exemple ? Si chacun parrainait une famille, il n’y aurait pas de SDF en France, mais il est évidemment plus confortable d’attendre que l’Etat bouge plutôt que de bouger nous-mêmes.
« Quelle impression vous ont laissé les bénévoles et professionnels de l’action sociale que vous avez rencontrés ? »
AA : Une énergie incroyable. Un dévouement sans limites. Après les avoir vus travailler, on veut être les catalyseurs de ces énergies pour que tous ceux qui accomplissent ce travail formidable continuent encore, et qu’ils puissent encore faire plus contre l’exclusion.
G.M : Il faut aussi redonner confiance en soi-même. Convaincre les gens de la force qui est en eux. Ca ne s’achète pas, ca ne peut pas s’apprendre, mais c’est en faisant d’abord confiance à soi-même qu’on réalise des choses qu’on ne pensait même pas possible, repousser ses limites. Quand on vient d’une situation comme la mienne, je suis non voyant de naissance, il faut une motivation forte pour faire tomber les murs des gens qui pensaient qu’on ne pouvait pas prétendre à. Il faut surpasser ses doutes. Il ne faut jamais se laisser conter qu’on ne peut pas prétendre à. On peut faire tout ce qu’on veut à partir du moment qu’on a cette force, cette clef qui est en nous. Quand on ne croit pas en sa force on ne peut rien faire. Chacun est acteur et chacun est son facteur chance.
« Pour vous, il aura un avant et après « Tsédaka » »
AA : C’est en effet très enrichissant. C’est beau de voir des gens qui ont envie. Si on peut donner un peu plus envie aux gens de s’impliquer et de faire un don, on sera tout simplement ravis. Tous ceux à qui nous avons rendu visite se donnent à fond pour donner beaucoup. Nous avions déjà envie de donner mais après ce que nous avons vécu, cette envie est encore plus forte.
G.M : Je crois que le mot le plus fort de la langue française c’est authentique, et tous les bénévoles que nous avons suivis, toutes les actions auxquelles on a pu assister nous donnent la vraie définition de l’authenticité. Pour moi la Tsédaka n’était qu’un mot, qu’une soirée, mais en étant parrain la Tsédaka j’ai pris conscience de toute sa forme, toute son ampleur et de tout le travail quotidien qui se cache derrière toutes les associations qui œuvrent toute au long de l’année. Tous les gens que nous avons rencontrés sont des gens qui donnent de l’amour toute la journée. C’est beau, et pour nous deux c’est vraiment magnifique, ça remet tout en place.
AA : Etre heureux de se contenter de ce qu’on a est une définition du bonheur, et en disant cela je pense au centre de réinsertion par le travail pour handicapés. J’y ai vu des gens heureux de travailler ensemble, des gens rire et manger ensemble, et quand on voit l’étincelle dans leurs yeux, on comprend que c’est ça la définition du bonheur.
G.M : Et pour que ça continue, et que d’autres connaissent aussi cette définition du bonheur, il n’y a pas de secret : il faut donner.